Une étude mesure l’impact du visionnement des vidéos d’exécution de l’EI

Les gens qui ont visionné ne serait-ce qu’une partie d’une vidéo de décapitation diffusée par le groupe armé État islamique (EI) ont plus peur du terrorisme deux ans plus tard, explique à La Presse la coauteure de la première étude à se pencher sur la question.

Une personne sur quatre

L’étude révèle qu’un répondant sur quatre aux États-Unis a visionné au moins en partie une des vidéos diffusées par le groupe armé État islamique il y a quelques années. La majorité des répondants ayant regardé une vidéo au complet ont dit l’avoir fait pour « en vérifier l’authenticité ». Ceux qui ont regardé une partie d’une vidéo ont dit l’avoir fait « parce qu’il en était question dans l’actualité ». Les hommes « sans emploi, chrétiens, qui passent beaucoup de temps à regarder la télé et qui craignent les futurs attentats terroristes » étaient surreprésentés parmi les gens qui ont regardé au moins une vidéo au complet, signalent les chercheurs.

Peur accrue

Regarder ces vidéos – même en partie – entraîne des conséquences bien réelles : deux ans après le visionnement, les participants à l’étude montraient « des niveaux statistiquement plus élevés » de peur d’attaques terroristes dans le futur et de crainte d’instabilité mondiale, même lorsque les résultats étaient filtrés afin de tenir compte du rôle des prédispositions, explique en entrevue Sarah Redmond, candidate au doctorat à l’Université de Californie à Irvine, et coauteure de l’étude intitulée « Who watches an ISIS beheading – and why », publiée dans le plus récent numéro de la revue American Psychologist. « Cela montre l’efficacité de la stratégie des terroristes de disséminer des images et des vidéos qui ont pour but de provoquer la peur », dit-elle.

Rechercher la vidéo

Les chercheurs ont notamment étudié l’impact de la vidéo virale montrant la décapitation du journaliste américain James Foley dans un endroit désertique isolé en Syrie en août 2014. Des sites comme LiveLeak, Facebook, YouTube et Twitter ont initialement servi à la diffusion de ces images violentes. Les médias traditionnels, quant à eux, ne les ont pas diffusées, mais ont paradoxalement contribué à populariser la vidéo, notent les auteurs. « Les médias ont voulu protéger leurs lecteurs des images brutales et n’ont diffusé que des captures d’écran. Paradoxalement, ils peuvent avoir contribué à grossir l’intérêt pour la vidéo, car les gens intéressés devaient activement rechercher la vidéo complète eux-mêmes. »

Appel aux médias

Le fait que des impacts psychologiques puissent être relevés deux ans après le visionnement partiel d’une vidéo montrant une décapitation devrait interpeller les professionnels de l’information chargés de rapporter ces nouvelles, note Mme Redmond. « Les médias pourraient utiliser cette information lorsqu’ils décident de la façon dont ils vont présenter leurs reportages. L’idée n’est pas de censurer la nouvelle, mais bien d’en rapporter les éléments importants de manière objective, sans chercher à mettre l’accent sur des détails sensationnels qui, on l’a vu, peuvent pousser les gens à vouloir y avoir accès. Les gens seraient alors peut-être moins tentés d’aller chercher et visionner ces vidéos. »

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