Wilson-Raybould a-t-elle vanté à tort Mulroney ?

Si l’ancienne ministre fédérale de la Justice le croit, elle n’a pas mal lu les Mémoires de M. Mulroney dans lesquelles celui-ci se vante d’avoir ordonné à sa procureure générale de soumettre une célèbre cause de meurtre à la Cour suprême du Canada.

À l’époque, la procureure générale était Kim Campbell, qui, selon M. Mulroney, a obéi au premier ministre dans la cause de David Milgaard, un homme qui a été emprisonné pendant 23 années pour un meurtre qu’il n’a pas commis.

Mais la version de M. Mulroney contredit celle racontée par Mme Campbell dans sa propre autobiographie et citée par Mme Wilson-Raybould dans son mémoire remis la semaine dernière au comité permanent de la justice de la Chambre des communes.

Parmi les documents soumis par Mme Wilson-Raybould figure la transcription d’une conservation entre elle et sa chef de cabinet Jessica Prince, à la suite d’une rencontre avec la chef de cabinet du premier ministre Justin Trudeau, Katie Telford, et le secrétaire principal du premier ministre, Gerald Butts.

C’est au cours de cette conversation que Mme Prince a soulevé le cas de David Milgaard.

« Gerry [Butts] m’a raconté que Mulroney avait rencontré la mère de David Milgaard, et qu’après, il était entré dans le bureau de Kim Campbell en lui disant d’arranger les choses. Elle lui avait donné plein de raisons pour lesquelles elle ne pouvait pas intervenir comme procureure générale, pour finalement se ranger du côté de Mulroney, parce que c’était la chose à faire », dit-elle.

Après avoir été mise au courant de l’affaire Milgaard, Mme Wilson-Raybould demande à Mme Prince de lui donner le numéro du téléphone portable de Mme Campbell. « Seigneur, c’est ridicule », commente l’ancienne ministre.

Le lendemain, Mme Wilson-Raybould a rencontré Mme Campbell dans un café de Vancouver.

« Inutile de dire qu’elle a nié catégoriquement les allégations de M. Butts ; elle était d’ailleurs vraiment insultée et outrée de ses commentaires. Elle a formellement démenti les dires de M. Butts à son endroit, en sa qualité de procureure générale, mais aussi à l’endroit de son ancien patron, le premier ministre Mulroney, a-t-elle déclaré au comité. Elle a ajouté, comme elle l’avait d’ailleurs déjà dit dans son autobiographie (1996), que Brian Mulroney était un bien trop bon avocat pour intervenir indûment dans cette affaire. »

Mme Wilson-Raybould oublie de mentionner que Mme Campbell a aussi écrit que M. Mulroney l’avait prise de court en rencontrant la mère de M. Milgaard en 1991. Celle qui a succédé brièvement à Brian Mulroney ajoute qu’elle pensait que les deux avaient discuté des conditions de vie de David Milgaard en prison et non d’une demande de révision du procès qu’elle avait déjà rejetée.

Mme Campbell parle alors d’une intervention inappropriée et laisse entendre que celle-ci était motivée par des raisons politiques.

Mme Wilson-Raybould ne mentionne pas non plus que M. Mulroney n’a pas corroboré la version de Mme Campbell dans ses propres Mémoires publiées en 2007.

Au contraire, il raconte que la façon avec laquelle Mme Campbell avait envoyé promener Joyce Milgaard l’avait perturbé. En privé, il était furieux qu’elle ait rejeté la requête de la mère de Mme Milgaard.

M. Mulroney a ajouté une transcription de sa rencontre avec Mme Milgaard au cours de laquelle il dit avoir été très prudent dans le choix de ses mots, car il savait qu’ils étaient tous deux enregistrés. À un certain moment, il l’informe que Kim Campbell examinera tout nouveau renseignement qui sera fourni.

M. Mulroney dit avoir ensuite convoqué Mme Campbell dans son bureau au Parlement.

Après que Mme Campbell lui eut fait part de la décision du ministère, le premier ministre lui aurait alors dit que cela était inacceptable avant d’ajouter que la loi lui permettait de soumettre l’affaire à la Cour suprême et que c’était son intention de le faire.

Selon M. Mulroney, Mme Campbell lui aurait alors demandé si elle pouvait en faire l’annonce elle-même.

Dans une série de messages publiés sur Twitter, Kim Campbell contredit à son tour la version de Brian Mulroney.

« Je n’ai pas lu les mémoires de M. Mulroney. Je suppose que j’aurai dû », écrit-elle.

« Si M. Mulroney semble insister pour raconter une chose qu’il n’a pas faite, je dois souligner qu’il ne s’agit pas d’une décision sur le processus judiciaire, mais sur l’application de la Prérogative royale de clémence (et j’avais obtenu des conseils d’un juge de la Cour suprême à la retraite). »

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