Exo peine à retenir ses employés

Le transporteur exo peine à retenir ses employés. Un peu plus de 22 % d’entre eux, dont dix membres de la direction, ont quitté leur poste en 2018, ce qui est préoccupant selon un expert en ressources humaines. 

L’organisation responsable de la gestion des trains de banlieue et des autobus dans les municipalités des couronnes de Montréal a perdu un employé sur cinq, ce qui préoccupe Denis Morin, professeur en gestion des ressources humaines à l’UQAM. 

«Je vous dis bien franchement que dans ce secteur-là d’expertise, si j’étais directeur des ressources humaines et que je voyais ça, je commencerais à m’interroger sérieusement», dit-il. 

Sylvain Yelle, qui a pris la relève de l’ex-directeur général Raymond Bachant en octobre, quelques mois après la démission de celui-ci, estime qu’il s’agit d’une situation «inévitable» pour une organisation constamment en restructuration. 

«Il y a des gens qui sont à l’aise avec le changement, d’autres moins. C’est des choix personnels de carrière», dit-il. 

Exo est née en juin 2017 d’une fusion entre 14 organisations. D’autres bouleversements sont à venir, alors que le transporteur perdra dès janvier prochain sa ligne de train la plus achalandée, celle de Deux-Montagnes, au profit du REM. 

Un problème qui perdure 

Un reportage de notre Bureau d’enquête faisait déjà état l’été dernier de 94 départs survenus chez exo entre sa création en juin 2017 et mars 2018, dont cinq membres de la direction. 

La situation ne s’est pas améliorée ensuite : d’avril à décembre 2018, 110 personnes sont parties, dont six membres de la direction, incluant le directeur général Raymond Bachant. Une directrice a également quitté en février 2019. 

Les membres de la direction qui ont quitté se retrouvent aujourd’hui à la Commission de la construction du Québec, chez Aéroports de Montréal ou encore à la Société de transport de Laval. 

Employés de bureau 

Selon M. Yelle, le taux de roulement d’exo s’explique par les restructurations de l’organisation, mais aussi par le fait que celle-ci travaille en sous-traitance avec des transporteurs privés (comme Bombardier ou Transdev), et qu’elle n’emploie pas directement de chauffeurs ou d’employés d’entretien, «qui généralement vont faire leur carrière dans l’entreprise». 

Un document obtenu par le «24 Heures» indique que les départs se retrouvent dans des corps d’emploi très variés : agents d’information, conseillers, coordonnateurs, analystes, chargés de projet ou encore inspecteurs. 

Selon M. Yelle, avec l’embauche de nouvelles personnes enthousiastes à l’idée de faire face à des défis, exo se dirige vers des jours meilleurs, bien qu’il concède que la stabilité n’est pas encore acquise. 

Taux de roulement en 2018  

  • Société de transport de Montréal : 4,8 % 
  • Société de transport de Laval : 2,6 % 
  • Réseau de transport de Longueuil : 5,3 % 
  • Autorité régionale de transport métropolitain : 12,5 % 
  • Exo : 22,4 %  

Un mentor pour aider exo à gérer ses projets 

Exo vient d’embaucher un consultant pour l’aider à gérer ses projets jusqu’à la fin de l’année 2019. 

Un contrat de 95 000 $ a été octroyé à Jean Tousignant, de la firme JT Conseil Inc., pour des services de mentorat, de supervision et d’accompagnement aux gestionnaires de projet d’exo. 

L’entente conclue le 2 avril 2019 survient après une année lors de laquelle le transporteur a enregistré un taux de roulement de 22 % chez ses employés. «[Les services de JT Conseils] ne sont aucunement liés au nombre de départs chez exo», assure Catherine Maurice, porte-parole d’exo. 

Lorsqu’interrogé à propos du nombre élevé de départs, Denis Morin, professeur en gestion des ressources humaines à l’UQAM, a toutefois souligné qu’un haut taux de roulement peut affecter le transfert de connaissances, surtout dans un domaine comme les transports, qui demande une expertise particulière. «Si les meilleurs quittent, la mémoire organisationnelle part, et on se retrouve toujours en gestion de crise», avait-il soulevé. 

«Comme nous sommes une jeune organisation, il est important pour nous [d’accompagner les gestionnaires] dans une optique d’amélioration et de formation continue», mentionne Mme Maurice. 

M. Tousignant est un ingénieur spécialisé en gestion, qui a déjà offert des services de soutien à la gestion à la Société québécoise des infrastructures, en lien avec le projet de l’échangeur Turcot.

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