Les pylônes d’Hydro-Québec font peur au sud de la frontière

 AUGUSTA, Maine | L’opposition au contrat du siècle d’Hydro-Québec d’exporter plus de 10 milliards $ d’électricité aux États-Unis gagne du terrain dans l’État du Maine, a constaté Le Journal.  

 Une virée effectuée chez nos voisins du Sud au cours des derniers jours a permis de constater que le projet New England Clean Energy Project (NECEC) est loin de faire l’unanimité. Après avoir donné leur accord, plusieurs petites communautés du Maine n’en veulent plus.  

 Hydro-Québec s’est tournée vers le Maine l’an dernier pour faire passer sa ligne à haute tension en sol américain après un refus du New Hampshire. Hydro-Québec a remporté un contrat d’approvisionnement de 20 ans avec le Massachusetts. Les 1200 mégawatts (MW) devront être livrés à partir de 2022.  

La nouvelle ligne de transport s’étirera de la frontière du Québec sur plus de 233 kilomètres dans le Maine jusqu’à Lewiston.

Capture d’écran

La nouvelle ligne de transport s’étirera de la frontière du Québec sur plus de 233 kilomètres dans le Maine jusqu’à Lewiston.

 Avec son partenaire américain, Central Maine Power (CMP), Hydro-Québec espère convaincre les autorités pour la construction d’une ligne de transport d’électricité de 233 km du Québec à Lewiston (Maine).  

 La ligne de transport, qui doit entrer en service en 2022, traversera de nombreux cours d’eau, dont la rivière Kennebec.  

 Comme au New Hampshire, le passage d’une imposante ligne de transport d’électricité dans les paysages des montagnes du Maine soulève la grogne des résidents et d’entrepreneurs liés aux activités de plein air.  

 « On ne voit pas les bénéfices que nous pourrions tirer du passage de cette ligne aussi large qu’une autoroute à six voies sur nos terres », résume l’élue municipale de la petite ville de Caratunk située à quelques kilomètres au sud de la frontière canadienne, Elizabeth Caruso.  

 Refus des communautés  

 Hydro-Québec et CMP ont beau promettre plus de 225 millions $ en incitatifs financiers au cours des 40 prochaines années, plusieurs communautés ont décidé de retirer leur appui au projet.  

Des opposants au projet d’Hydro-Québec lors du vote à Farmington la semaine dernière.

Photo Pierre Couture

Des opposants au projet d’Hydro-Québec lors du vote à Farmington la semaine dernière.

 La semaine dernière, la ville natale de la gouverneure démocrate du Maine, Janet Miles (pourtant favorable), a rejeté massivement le projet. Les citoyens de Farmington ont voté 262 à 102 contre la construction de la ligne à haute tension sur leur territoire.  

 Des alliances pourtant loin d’être naturelles sont même observées alors que des groupes écologistes et des producteurs d’énergie au gaz dénoncent à l’unisson le projet.  

 Au Conseil des ressources naturelles du Maine, on est d’avis que le projet est tout simplement « mauvais ». « On ne voit pas de gains environnementaux avec ce projet comme la baisse des émissions de gaz à effets de serre (GES) chez nous », plaide le porte-parole du groupe, Nick Bennett.  

 Environ 75 % de l’énergie émanant du Maine est produite à partir de sources renouvelables.  

 À la Chambre de commerce du Maine, bien que l’on reconnaisse une forte opposition au sein de la population, on est d’avis que le projet doit toutefois aller de l’avant.  

 La société d’État dénonce une campagne de peur  

 Hydro-Québec soutient que son projet de ligne de transport d’électricité reçoit l’appui d’une majorité de communautés dans le Maine et dénonce une campagne de peur dans les médias.  

 Au cours des derniers mois, des publicités financées par le groupe Stop the Corridor sont apparues sur le web, à la radio et à la télé.  

 Ces publicités dénoncent Hydro-Québec et son partenaire Central Maine Power (CMP), tout en attaquant personnellement les politiciens qui appuient le projet.  

 Commanditaires anonymes  

 Or, personne n’est capable d’identifier les auteurs derrière ces publicités ni les bailleurs de fonds.  

 « On constate qu’une campagne de désinformation menée par un groupe obscur essaie de miner notre crédibilité. C’est inacceptable », soutient le porte-parole d’Hydro-Québec, Serge Abergel.  

 Chez CMP, on croit que les auteurs de ces publicités se trouvent du côté des producteurs d’électricité qui exploitent des centrales alimentées au gaz dans le Maine.  

 « Notre projet aura des répercussions sur le marché de l’énergie pour les vingt prochaines années. Les prix vont diminuer. Il y a forcément des joueurs qui sont nerveux », croit le porte-parole de CMP, John Carroll.  

 Des communautés favorables  

 Si certaines communautés ne veulent pas voir la ligne à haute tension passer sur leur territoire, d’autres y sont toutefois favorables.  

 C’est le cas de la ville de Jay qui a été durement frappée au cours des dernières années par le déclin de l’industrie forestière.  

 « Le conseil de la Ville de Jay a voté pour le projet, en raison des retombées économiques importantes. Pour nous, on parle de revenus de 450 000 $. Cela aura un impact sur les finances de notre communauté », a précisé au Journal la directrice générale de la Ville de Jay, Shiloh LaFreniere.  

 Selon cette dernière, la Ville de Jay ne craint pas le passage de cette nouvelle ligne à haute tension, alors que CMP compte déjà des installations sur son territoire.   

Contenu similaire