Robert Godin, l’homme aux 200 000 guitares

Malgré la mort de sa fille, le poids des dettes et les bâtons qu’on lui a mis dans les roues toute sa vie, le petit gars de Villeray a su bâtir à partir de rien un empire de la guitare à faire pâlir de jalousie les multinationales.

« Il y a quatre mois, le PDG de Yamaha m’a dit : “M. Godin, j’aimerais visiter votre usine”. Je lui ai dit : “Non”. Ma technologie, ce n’est pas la fin du monde. On n’a pas inventé la bombe atomique, mais ce sont des choses uniques », partage au Journal Robert Godin, fondateur des célèbres guitares québécoises qui portent son nom.

Même si les Paul McCartney, Roger Waters ou les Bruce Springsteen l’admirent, Robert Godin n’est pas du type à s’en vanter. «Je n’ai jamais été impressionné par les vedettes», confie-t-il dans sa biographie. On le voit ici avec sa guitare autographiée par les vedettes destinée à être vendue à l’encan pour une bonne cause.

Photo Chantal Poirier

Même si les Paul McCartney, Roger Waters ou les Bruce Springsteen l’admirent, Robert Godin n’est pas du type à s’en vanter. «Je n’ai jamais été impressionné par les vedettes», confie-t-il dans sa biographie. On le voit ici avec sa guitare autographiée par les vedettes destinée à être vendue à l’encan pour une bonne cause.

Dans ses bureaux de Baie-d’Urfé tapissé de guitares où il nous reçoit pour parler de sa biographie, Robert Godin en a long à dire sur ces compagnies qui rôdent autour de lui comme des vautours pour lui soutirer sa recette du succès.

« C’est gens-là ont du culot », laisse tomber l’homme de 71 ans, qui a bâti patiemment son entreprise à la sueur de son front depuis 1972. Que ce soit Yamaha, comme c’est arrivé récemment, ou Fender, les grands fabricants sont prêts à tout pour le battre.

Cadeau empoisonné

Dans les années 1980, Fender lui propose de fabriquer sa fameuse Stratocaster dans ses usines, mais en lisant le contrat, Robert Godin décèle une clause qui lui interdit de vendre des guitares semblables aux leurs… durant 15 ans !

« Je ne l’ai pas signé. J’étais prêt à leur vendre mon expertise, pas à leur donner ma vie », précise-t-il dans sa biographie signée par Johanne Mercier.

Quand il parcourt sa vie d’un ton posé, Robert Godin a les yeux brillants. Une force tranquille mêlée d’une passion explosive se dégage de lui. On sent l’homme qui a dû se battre pour séduire ses clients un par un contrairement aux grands fabricants.

« À qui ça appartient ? Il n’y a pas un humain. C’est une banque ou un investissement. Ça n’appartient à personne », déplore l’homme qui leur a coupé l’herbe sous le pied.

À 10 ans, Robert Godin économise l’argent durement gagné comme camelot pour s’acheter une guitare Harmony à 100$. Il pose ici fièrement devant la maison familiale du boulevard L’Assomption. Des années plus tard, en 2008, il lance son modèle 5th Avenue qui s’inspire de cette première guitare.

Photo courtoisie

À 10 ans, Robert Godin économise l’argent durement gagné comme camelot pour s’acheter une guitare Harmony à 100$. Il pose ici fièrement devant la maison familiale du boulevard L’Assomption. Des années plus tard, en 2008, il lance son modèle 5th Avenue qui s’inspire de cette première guitare.

Aujourd’hui, « le petit garçon de Villeray », forcé de laisser l’école à 15 ans faute d’argent, est en paix avec la vie. Ses fils prennent la relève de sa boîte avec succès, souligne-t-il.

Son passage dans des magasins de musique, sa partie de chasse au cours de laquelle il rencontre Normand Boucher avec qui il créera sa première guitare et ses voyages avec les moyens du bord aux États-Unis pour vendre ses instruments sont derrière lui.

« On part d’arbres. On finit sur scène. C’est une vie fascinante », conclut l’homme aux 200 000 guitares qui voyagent chaque année dans une centaine de pays.

Une vie parsemée d’obstacles

Même s’il est loin de l’avoir eu facile, Robert Godin a toujours eu le don de se relever. « Dans la vie, tu frappes toujours un mur quelque part. Faut que tu te relèves. Faut que tu continues », raconte l’homme derrière les guitares portant son nom.

La perte de sa fille

« Ta fille est morte », lui annonce au téléphone un jour d’été 1993 un membre de la famille. À 19 ans, sa fille Marie-Claude perd la vie dans un accident de vélo. « Ça m’a pris une couple d’années. J’ai été voir des spécialistes et des psychologues. Et puis allez, on repart. Je n’ai jamais arrêté. C’est ça le secret », confie-t-il.

Étouffé par des dettes

Dans les années 1980, son directeur de banque change de succursale. Le hic, c’est que son remplaçant exige qu’il rembourse au plus vite sa marge de 1,2 million $ d’ici 30 jours. On saisit 1000 guitares dans ses bureaux-entrepôt. Mais Robert Godin retombe sur ses pattes et trouve l’argent au bout de huit mois.

« Méchant boss »

En 1995, les employés de son usine de Princeville se syndiquent, quelques mois seulement après son ouverture. C’est un coup dur pour Robert Godin, habitué de gérer une entreprise familiale, qui passe pour le « méchant boss ». Il finira ensuite par s’entendre si bien avec eux qu’ils abandonnent leur syndicat.

Un défaut de fabrication

Un jour, les trois usines de La Patrie et Princeville doivent cesser leur production. Près de 25 000 guitares ont des défauts de fabrication. « Le problème de colle a eu des répercussions partout dans le monde. Nous avons perdu des clients d’Asie, d’Amérique du Sud, d’Europe, d’Australie et de Nouvelle-Zélande », raconte-t-il.

Son mariage brisé

En 1981, le mariage de Robert Godin ne survit pas à ses absences prolongées et éclate. À l’époque, il a beau avoir quelques représentants au Québec… il est le seul à devoir parcourir l’Europe. Il passe le plus clair de son temps dans des hôtels et ne voit pas assez sa famille à son goût. Après son divorce, il rencontre Lise et a un enfant avec elle.

Une chicane d’associés

Après sept ans de collaboration, Robert Godin met un terme à son association avec Normand Boucher, l’homme avec qui il a fabriqué sa première guitare. Comme pour marquer le coup, un an plus tard, un incendie rase l’usine où les deux hommes se sont rencontrés. Mais Robert Godin prépare déjà la suite.

Guitares Godin en quelques chiffres

Siège social : Baie-d’Urfé

Usines :

  • Deux à La Patrie, Québec
  • Une à Berlin, New Hampshire
  • Une à Princeville, Québec
  • Deux à Richmond, Québec

200 000 production de guitares par année

450 modèles au total

700 travailleurs

Les vedettes du monde entier s’arrachent les guitares Godin

Paul McCartney

Photo Pierre-Paul Poulin

Paul McCartney

Roger Waters

Photo Jean-François Desgagnés

Roger Waters

Bruce Springsteen

Photo AFP

Bruce Springsteen

Kenny Rogers

Photo Éric Carrière

Kenny Rogers

Leonard Cohen

Photo Wenn

Leonard Cohen

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