SNC-Lavalin songe à fermer son siège social de Montréal

SNC-Lavalin a remis au gouvernement fédéral, l’automne dernier, un document révélant qu’elle songeait sérieusement à déménager son siège social montréalais aux États-Unis si on ne lui offrait pas de régler hors cour les accusations de corruption déposées contre elle pour ses agissements en Libye.

Visiblement embarrassée, l’entreprise québécoise a qualifié de « déplorable et profondément préoccupante » la diffusion du contenu du document confidentiel, obtenu par la Presse canadienne.

« Plan B »

Dans le document, SNC présente le déménagement de son centre nerveux aux États-Unis comme un « plan B » dans le cas où Ottawa l’oblige à subir un procès criminel. Daté du 27 septembre 2018, il est destiné à la directrice du Service des poursuites pénales du Canada, Kathleen Roussel.

Le 4 septembre, cette dernière avait avisé l’entreprise qu’on ne lui permettrait pas de conclure un « accord de réparation » et que, par conséquent, un procès devrait avoir lieu.

« Nous devons nous demander humblement si l’intérêt public est bien servi en poursuivant SNC-Lavalin et en essayant d’obtenir un verdict de culpabilité, peut-on lire dans la présentation

PowerPoint. Une telle décision conduirait en réalité à la fin de SNC-Lavalin comme on la connaît aujourd’hui et depuis plus de 100 ans. »

Le « plan B » prévoyait d’abord une réduction significative du nombre d’employés de SNC au Canada, qui passerait de près de 9000 à 3500, puis un abandon complet des activités de l’entreprise au pays.

Parmi les différents scénarios envisagés, ce plan était, selon SNC-Lavalin, « le plus avancé » en termes de planification et « le plus évident » à mettre en œuvre.

« Pires hypothèses »

« L’entreprise n’a jamais menacé de déménager son siège social, a assuré SNC dans une déclaration. Il est regrettable de voir prise hors de contexte une présentation honnête et directe des pires hypothèses et qu’elle soit ainsi soumise à de mauvaises interprétations. »

Le refus de Mme Roussel et de la ministre de la Justice de l’époque, Jody Wilson-Raybould, de régler à l’amiable avec SNC est au cœur de la plus grave crise politique à secouer le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau. Ce dernier souhaitait qu’Ottawa conclue un accord avec la firme d’ingénierie.

Vendredi, SNC n’a pas voulu dire si son « plan B » était toujours sur la table.

Le mois dernier, le PDG de l’entreprise, Neil Bruce, avait dit qu’il abandonnait l’idée d’une entente hors cour pour se concentrer sur la préparation du procès.

Or, on apprenait au même moment que le conseil d’administration de SNC avait mis sur pied, en décembre, un comité spécial pour se pencher sur l’avenir de l’entreprise. Dans ce genre d’exercice, tous les scénarios sont généralement envisagés, y compris la vente en tout ou en partie de l’entreprise.

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