Au Brésil, inquiétudes face à la hargne de Bolsonaro contre la presse

« Bolsonaro ment », peut-on lire sur cette pancarte brandie lors d’une manifestation à Sao Paulo, le 30 octobre.

Le soir de sa victoire, il s’est fait le défenseur des libertés. Celle « d’entreprendre, d’aller et venir, d’avoir des opinions politiques ou religieuses et celle d’informer ». Mais les mots volent. Vingt-quatre heures après son discours d’apaisement, Jair Bolsonaro, le candidat victorieux de l’extrême droite brésilienne, a retrouvé, lundi 29 octobre, sa hargne, attaquant ses opposants et menaçant la presse. En particulier, le quotidien Folha de Sao Paulo. « C’en est fini de la Folha de Sao Paulo », a osé le futur chef d’Etat, interrogé sur la chaîne Globo lundi soir.

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Jair Bolsonaro hait ce quotidien centriste depuis toujours. Cette détestation s’est transformée en rage après la révélation de deux affaires par ses journalistes. L’une sur l’existence d’une employée fictive, depuis licenciée, l’autre sur un possible schéma de financement illégal de sa campagne : des entreprises alliées de M. Bolsonaro auraient souscrit des contrats pour la distribution massive de fausses informations afin de dénigrer le Parti des travailleurs (PT, gauche) et son candidat, Fernando Haddad.

Qualifié d’entreprise mensongère, la Folha a essuyé diverses attaques de la part du militaire de réserve en campagne électorale. Lors de ses meetings, Jair Bolsonaro promettait notamment « un Brésil sans la Folha de Sao Paulo ». Ses troupes ont accompagné avec zèle ce mouvement. Peu avant le second tour, Luciano Hang, chef d’entreprise adorateur de Jair Bolsonaro, publiait sur Facebook une vidéo recouvrant le quotidien d’excréments en plastique avant de mettre le tout dans une poubelle. La journaliste auteure de l’enquête sur les fausses informations, elle, a reçu des menaces et vit désormais sous protection.

« Le PT en est toujours resté aux mots »

« Jair Bolsonaro a eu pendant la campagne une rhétorique extrêmement agressive. Mais nous pensions qu’une fois élu, il adopterait une autre posture, celle d’un chef d’Etat », commente Sergio Davila, directeur exécutif du journal.

Le quotidien comme le reste de la presse brésilienne font régulièrement l’objet d’attaques, de la part du camp des « bolsonaristes » mais aussi du PT et de ses militants. Le groupe de presse Globo a ainsi récolté le qualificatif de « putschiste » pour avoir pris le parti de destituer la présidente de gauche Dilma Rousseff en 2016. « Mais le PT en est toujours resté aux mots », souligne M. Davila.

Celui que l’on surnomme le « Trump tropical » prétend, lui, agir pour mettre sa menace à exécution. Il peut, une fois en fonctions, supprimer les sommes versées par l’Etat au quotidien pauliste pour les publicités institutionnelles. La disparition de ces fonds ne devrait pas menacer pas la survie du quotidien. « Notre entreprise est solide », affirme M. Davila. Mais l’attitude du futur chef de l’Etat inquiète. « Qu’attend-il de la presse ? Qu’elle ne publie que des informations en sa faveur ? », s’interroge le directeur du journal. Mardi, l’Abraji, association brésilienne du journalisme d’investigation, s’est dite préoccupée pour la liberté de la presse mais aussi pour la démocratie.

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