«Gilets jaunes»: regain de violences à Paris lors de l’acte XVIII

Boutiques pillées et incendiées sur les Champs-Élysées, jets de pavés contre les forces de l’ordre : une nouvelle flambée de violence a marqué samedi à Paris la 18ème journée d’action des « gilets jaunes », en révolte contre la politique sociale et fiscale d’Emmanuel Macron depuis quatre mois.
 

Au total 32 300 personnes se sont mobilisées dans toute la France selon le ministère de l’Intérieur, mais 230 766 selon le décompte des « gilets jaunes » posté sur Facebook.

Quatre mois après le début du mouvement et au moment où s’achève le grand débat national, cette journée était présentée comme un « ultimatum » au président Macron.

Celui-ci a annoncé dans la soirée écourter un séjour à la montagne dans les Pyrénées, pour se rendre dans la soirée à la cellule de crise au ministère de l’Intérieur.
 

Pendant plusieurs heures tout s’est déroulé sur les Champs-Élysées. Sur la très touristique artère parisienne, des manifestants ont mis le feu à plusieurs kiosques à journaux et boutiques, rappelant les violences dont les images avaient fait le tour du monde le 1er décembre.
 

L’incendie d’une banque a fait 11 blessés légers dans un immeuble situé à proximité de l’avenue. « Deux personnes ont été sauvées des flammes. Une femme et son bébé étaient coincés au deuxième étage », ont indiqué les pompiers à l’AFP.
 

Venu apporter sur place son soutien aux forces de l’ordre, le premier ministre Edouard Philippe a jugé « inacceptables » ces violences. « Ceux qui excusent ou qui encouragent » de tels actes s’en rendent « complices », a-t-il lancé.
 

En fin d’après-midi, le Fouquet’s, restaurant huppé qui avait déjà été pillé dans la matinée, a vu son auvent brièvement incendié et des feux ont débuté devant les boutiques Longchamp et Foot Locker ainsi que le restaurant Léon de Bruxelles, aux cris de « révolution ! ».
 

« Ils croyaient nous dompter mais on est indomptables. Les gilets jaunes ne lâcheront rien, il faut qu’ils le comprennent », a dit à l’AFP un manifestant masqué.
 

Les forces de l’ordre, qui se maintenaient à distance, ont ensuite répliqué avec des tirs de gaz lacrymogènes qui ont saturé le bas de l’avenue d’un brouillard épais, pour tenter de disperser les manifestants.
 

Zara, Lacoste, Celio… les pillages se sont multipliés tout le long de l’emblématique avenue parisienne, lieu de flânerie prisé des touristes et vitrine commerciale pour les enseignes internationales d’habillement et d’accessoires.
 

« Il y a un certain nombre de gens qui ne sont venus que pour casser », a accusé le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, selon lequel quelque 1500 militants « ultra-violents » s’étaient infiltrés parmi les quelque 10 000 manifestants recensés à Paris.
 

Quelque 237 personnes avaient été interpellées, selon un bilan communiqué vers 19 h 30 par les autorités. Parmi elles, 144 se trouvaient en garde à vue à 21 h 00, a indiqué le parquet de Paris.

«Une mascarade»

Désireux de montrer une détermination intacte, quatre mois presque jour pour jour après le début le 17 novembre de leur mouvement — qui se veut apolitique et s’organise sur les réseaux sociaux — plusieurs figures de la fronde avaient promis un « regain de mobilisation », alors que le nombre de manifestants s’effrite.
 

Selon les chiffres officiels, contestés par les « gilets jaunes », ils étaient 28 600 manifestants en France samedi dernier, soit dix fois moins qu’au début du mouvement.

Cette nouvelle journée de manifestations intervient à l’issue de deux mois de débats organisés dans toute la France à l’initiative des autorités, et qui ont rassemblé près d’un demi-million de personnes. Le gouvernement souhaitait ainsi canaliser la colère et faire émerger des propositions, sans parvenir à convaincre les « gilets jaunes » les plus déterminés.
 

« Le grand débat, c’est une mascarade », a estimé Jean-François Bernard, l’un des manifestants parisiens.
 

L’opposition de droite a de son côté tiré à boulets rouges sur l’exécutif, fustigeant « l’incompétence » du président, dont les médias montraient au même moment les images sur des pistes de ski ensoleillées.
 

« Paris entre la main des casseurs, Emmanuel Macron fait du ski… Jamais un président n’a eu un tel comportement ! Mais quelle honte », a tweeté l’eurodéputée et ex-ministre Nadine Morano (LR, droite).
 

Les casseurs « détruisent, brûlent, violentent toujours en toute impunité », a de son côté écrit la chef du Rassemblement national (extrême droite) Marine Le Pen.
 

Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a dénoncé « une fausse polémique » et appelé à « un peu de dignité et d’unité nationale », soulignant que le président avait été informé chaque « minute » avant de rejoindre Paris.
 

Quelque 5000 hommes et six véhicules blindés de la gendarmerie étaient mobilisés dans la capitale, où se tenait notamment aussi une marche pour le climat qui a rassemblé quelque 45 000 manifestants, selon un comptage indépendant.
 

Des manifestations de « gilets jaunes » se sont aussi déroulées en région, de Lyon (centre-est) à Montpellier (sud) ou Bordeaux (sud-ouest), où des accrochages ont eu lieu en fin d’après-midi.

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