Les Cachemiris victimes des tensions entre l’Inde et le Pakistan

Les escarmouches militaires le long de la zone de démarcation entre l’Inde et le Pakistan au Cachemire se sont multipliées depuis 2013-2014, jusqu’à atteindre un pic ces derniers jours.

Par Julien Bouissou Publié aujourd’hui à 12h39

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Des habitants du Cachemire pakistanais quittent leur village de Chakoti, situé à 5 kilomètres de la ligne de démarcation avec l’Inde.

Des habitants du Cachemire pakistanais quittent leur village de Chakoti, situé à 5 kilomètres de la ligne de démarcation avec l’Inde. M.D. Mughal / AP

Les habitants du Cachemire sont les premières victimes de la crise indo-pakistanaise. Deux femmes et deux enfants sont morts, mardi 26 février, dans le secteur de Nakyal, du côté pakistanais du ­Cachemire, près de la ligne de démarcation avec la partie indienne, dans des échanges de tirs entre les deux armées qui ont également fait onze blessés.

Plusieurs milliers de Pakistanais ont évacué les régions frontalières.

Malgré un accord de cessez-le-feu signé en 2003, les escarmouches militaires le long de cette zone de démarcation, qui sert de facto de frontière entre l’Inde et le Pakistan au Cachemire, se sont multipliées depuis 2013-2014 jusqu’à atteindre un pic ces derniers jours.

Craignant une escalade militaire, plusieurs milliers de Pakistanais ont évacué les régions frontalières de la ligne de contrôle et des écoles ont été fermées.

Un soldat indien devant un marché fermé à Srinagar, dans le Cachemire indien, le 28 février.

Un soldat indien devant un marché fermé à Srinagar, dans le Cachemire indien, le 28 février. Dar Yasin / AP

Trois décennies d’insurrection séparatiste

Dans la partie indienne de la région, meurtrie par trois décennies d’insurrection séparatiste, les forces de sécurité ont également multiplié les arrestations de ­militants. La coalition de la société civile du Jammu-et-Cachemire (JKCCS) en a comptabilisé près de 300 au cours des dix derniers jours.

Dans cette région, 2018 a été l’année la plus meurtrière de la décennie écoulée Selon le JKCCS, 160 civils, 267 militants ­d’organisations séparatistes et 159 membres des forces de sécurité ont été tués. « Malheureusement, la répression en cours réduit les chances d’un dialogue politique et radicalise la jeunesse », regrette Shah Faesal, ancien haut fonctionnaire dans l’administration de l’Etat du Jammu-Cachemire qui vient de se lancer en politique.

Lire aussi L’agonie sans fin du Cachemire

Depuis l’attaque-suicide de Pulwama le 14 février, les Cachemiris sont également victimes de discrimination dans les autres régions du pays. « Ne visitez pas le Cachemire, n’achetez rien chez les commerçants cachemiris […], boycottez tout ce qui est cachemiri », a écrit sur Twitter le gouverneur de l’Etat du Meghalaya, ­Tathagata Roy.

Plusieurs étudiants, dans l’ouest et le nord de l’Inde, ont été attaqués par des extrémistes hindous et ont dû rentrer chez eux.

Plusieurs étudiants, dans l’ouest et le nord de l’Inde, ont été attaqués par des extrémistes hindous et ont dû rentrer chez eux. La Cour suprême a dû demander aux autorités de Delhi et régionales d’assurer leur sécurité.

« Notre combat est pour les Cachemiris, et non pas contre les Cachemiris », a déclaré le premier ministre indien Narendra Modi qui a souligné que la jeunesse de cette région était également « la victime du terrorisme ». La police indienne a mis en place des numéros d’urgence pour venir en aide aux victimes de violence.

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