Les déserteurs vénézuéliens « à la dérive » en Colombie

Au moins mille militaires ont quitté le Venezuela et sont impatients de reprendre du service pour le président autoproclamé, Juan Guaido.

Par Marie Delcas Publié aujourd’hui à 11h38, mis à jour à 11h38

Temps de Lecture 4 min.

Article réservé aux abonnés

Des soldats colombiens escortent un membre des forces armées vénézuéliennes qui fait défection, à Cucuta, en Colombie, le 25 février.

Des soldats colombiens escortent un membre des forces armées vénézuéliennes qui fait défection, à Cucuta, en Colombie, le 25 février. LUIS ROBAYO / AFP

Ils ont encore le cheveu coupé ras et, disent-ils, « la patrie vissée au cœur ». Mais ils ne savent plus très bien quoi faire de leur journée. Depuis le début de l’année, plus de mille militaires vénézuéliens ont quitté les rangs de la Force armée bolivarienne et passé la frontière. Dans la ville colombienne de Cucuta, une fonctionnaire des services migratoires raconte : « Le plus gros contingent est arrivé le 23 février et dans les jours qui ont suivi. Le flux s’est beaucoup ralenti depuis, mais ils arrivent encore au goutte-à-goutte. »

Le gouvernement colombien, qui s’est d’abord réjoui de ces défections, se retrouve face à un problème inédit. « Et explosif », précise Pepe Ruiz, le maire de la municipalité frontière de Villa del Rosario, près de Cucuta. Le président colombien Ivan Duque a demandé à ses pairs latino-américains de lui prêter main-forte : le Chili, le Brésil, l’Argentine, le Pérou devraient accueillir des déserteurs vénézuéliens.

Lire aussi Venezuela : Guaido révoqué de son poste de président du Parlement et déclaré inéligible

Déserteurs ? Le terme ne plaît pas, ici. Jorge V., 32 ans, sergent de la Garde nationale bolivarienne, corrige : « Nous sommes des militaires actifs qui avons choisi de nous ranger du bon côté de l’Histoire et de défendre la Constitution de notre pays », explique-t-il. La formule est de Juan Guaido, le jeune président autoproclamé du Venezuela qui, le 23 février, appelait les militaires de son pays à venir en Colombie pour appuyer l’opération humanitaire qui allait faire tomber le président Nicolas Maduro. « Guaido est notre président légitime et notre commandant en chef, insiste Jorge. Nous attendons ses instructions. »

L’opposition vénézuélienne et ses alliés sur le continent américain, Washington en tête, tablaient sur un retournement de l’armée vénézuélienne qui n’a pas eu lieu. Les camions d’aide alimentaire qui auraient dû passer la frontière sont restés bloqués à Cucuta. Les militaires aussi. Ils se rêvaient en héros et se retrouvent migrants.

« Tiré sans rien dire »

« Moi, je ne suis pas venu là pour laver les vitres ni faire coiffeur », explique Jorge, attablé devant une bière dans un bistrot crasseux de Villa del Rosario. Le regard est de braise. Il poursuit : « Je ne veux pas m’installer en Colombie, ni ailleurs. Je veux libérer mon pays de la dictature, les armes à la main. » Ses compagnons d’armes acquiescent : « Une intervention militaire est la seule façon de venir à bout du dictateur Nicolas Maduro. » Mais ils n’ont plus ni uniforme ni armes. Une fois en territoire colombien, les militaires vénézuéliens qui font défection doivent en effet remettre leur équipement aux autorités locales et subir un entretien serré. La Colombie craint les taupes et les espions. « C’est normal », soupire Jorge.

Contenu similaire