Lafleur pour l’émotion, Lemieux pour le talent

C’est le genre de débat où tout le monde a raison. À mon avis, Mario Lemieux vient en tête de liste chez les joueurs québécois dans l’histoire du hockey. Par contre, je comprends très bien le choix de Guy Lafleur à titre de meilleur joueur du premier demi-siècle d’existence de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Lafleur est à la LHJMQ et aux Remparts de Québec ce que Maurice Richard a été à la Ligue nationale et au Canadien.

Les deux ont été des pionniers.

Lafleur a mis le circuit québécois sur la carte lors de sa fondation, il y a 50 ans. Je ne suis pas sûr que les règles de sécurité étaient observées les soirs où le Colisée de Québec, qui contenait alors 10 000 places, débordait de spectateurs.

Lafleur était l’attraction du hockey junior québécois comme l’était son idole Jean Béliveau, 20 ans avant lui.

D’ailleurs, l’histoire dit qu’une foule de 16 806 spectateurs avait pris le Colisée d’assaut lors d’une rencontre de la Coupe Memorial entre les Citadelles et les Flyers de Barrie, en 1951.

Plus grands que nature

Neuf ans plus tôt, le Canadien vivotait lorsque Maurice Richard a fait ses débuts avec l’équipe. La LNH avait vu son nombre d’équipes réduit de 10 à 6 dans la foulée de la crise économique des années 1930.

Richard a joué toute sa carrière de 18 saisons avec le Canadien. Lafleur a disputé 14 saisons avec le Tricolore.

Les deux ont frappé l’imaginaire. Les deux sont plus grands que nature. Les deux sont des légendes.

Bonne décision

Parce qu’il a joué aux États-Unis après avoir battu les records de Lafleur dans les rangs juniors,

Lemieux n’a pas le même pouvoir de séduction auprès des Québécois. Mais il aurait été adulé de la même façon s’il avait joué avec le Canadien.

Serge Savard et Maurice Filion à Québec ont tendu d’ailleurs des perches à Eddie Johnston pour obtenir le premier choix au repêchage de 1984.

Mais le directeur général des Penguins de l’époque avait eu la sagesse de décliner les offres queses homologues du Canadien et des Nordiques lui avaient faites.

Johnston a toujours dit que s’il n’avait pas repêché Lemieux, le Civic Arena, où les Penguins de Pittsburgh jouaient leurs matchs, serait devenu un terrain de stationnement. Lemieux a sauvé son équipe de la disparition non pas une, mais deux fois, la deuxième à titre de propriétaire.

Années d’or

Lafleur et lui faisaient courir aussi les vedettes de leur sport à leurs beaux jours à Québec et à Laval. Jean Béliveau allait souvent voir jouer son dauphin dans la Vieille Capitale. Lafleur avait un poster de lui à la place qu’il occupait dans le vestiaire.

Le petit Centre sportif Laval a reçu la visite de Wayne Gretzky lorsque Lemieux faisait passer ses adversaires pour des enfants d’école avec les Voisins.

C’étaient les années d’or du hockey junior québécois.

Entre Lafleur et Lemieux, il y a eu Pierre Larouche, Mike Bossy, Denis Savard, Raymond Bourque et Pat LaFontaine.

Après Lemieux, il y a eu Patrice Lefebvre, qui est malheureusement né à une époque où les équipes de la LNH ne faisaient pas confiance à des joueurs de cinq pieds six pouces, Vincent Damphousse, Alexandre Daigle, Vincent Lecavalier, Marc-André Fleury, Patrice Bergeron, Sidney Crosby et Nikita Kucherov.

Chacun avait ses forces.

Styles différents

Lafleur était unique. Il n’était pas fait pour jouer dans un système de jeu. C’était un artiste, un virtuose.

Quand il s’élançait avec la rondelle, les cheveux au vent, les spectateurs bondissaient de leur siège et patinaient avec lui. Il créait l’émotion. Il soulevait les passions.

Comme le Rocket.

Lemieux ressemblait plus à Béliveau. Son imposante stature le faisait paraître nonchalant, mais il était loin d’être lent. Il l’a montré à Raymond Bourque à sa première présence sur la patinoire dans la LNH au vieux Garden de Boston.

Alors, Lafleur ou Lemieux ?

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